J'ai cru que ce n'était qu'un mauvais rêve. Et pourtant il n'y avait pas plus réveillé que moi à cet instant précis. Plus concentré même ! J'étais en train de sortir de mon coffre le vélo de "La Grande Rousse", venue m'accompagner une nouvelle fois pour quelques tours sur le vélodrome de Cannes-La-Bocca...

Quand les bases arrières sont sorties à la lumière du réverbère juste à côté de mon véhicule et que j'ai vu son dérailleur arrière complètement désolidarisé du cadre et pendouiller au bout de la chaîne, je ne parvenais pas à comprendre ce qui se passait. Déjà la fois précédente, ma complice avait crevé son boyau sur l'anneau et j'avais vraisemblablement terminé de briser sa valve en tentant de regonfler sa roue arrière ; l'empêchant définitivement de rouler avec moi ce soir là.

Il faut croire que je me posais donc au sommet du podium de ses "chats noirs". Je me suis même posé la question de savoir s'il existait désormais un nouveau système de fixation des dérailleurs arrières sur les vélos modernes. Pour vous dire comme la chose était incompréhensible pour moi. Mais non, il y avait bien deux petites vis toujours à leur place et destinées à fixer la patte de dérailleur sur le cadre, mais elles semblaient s'être dévissées. Et pas de mini-BTR pour refixer le tout.

Il me fallait identifier le problème et trouver cet outil. Regard périphérique : un garage toutes marques se présentait de l'autre côté de la rue. Ni une, ni deux ; je traverse et vais quémander la dite BTR que le propriétaire des lieux me prête non sans quelques réticences.

De retour auprès du vélo de La Grande Rousse ; complètement et logiquement incrédule devant ce nouveau pépin mécanique ; je ne peux que constater que les deux vis ne maintiennent plus le dérailleur. Pourtant, à la main, le filetage prend...

Le temps de me noircir copieusement les doigts, je parviens à fixer le dérailleur avec l'attache rapide de la roue arrière que je serre un peu plus que la normale. Après 30 bonnes minutes de stress (pour ne pas dire d'énervement) et de mécanique d'urgence ; ma partenaire ; pas très en confiance sur mon système ; se lance pour un test sur l'anneau.

De mon côté, mon vélo est toujours démonté dans mon coffre et je ne suis pas encore équipé pour pédaler. Il me faudra 10 nouvelles minutes pour la rejoindre sur le vélodrome. Rapidement je m'enquis du bon fonctionnement de son vélo.

Ça craque un peu au moment de passer les vitesses, mais ça tient !

...me lance-t'elle.

C'est moi qui ai failli craquer ; oui !

 

 

Je suis sur les nerfs. Pas forcément d'avoir causé cet incident car je prends soin des vélos des autres comme du mien ; mais surtout de constater qu'un vélo qui coûte une blinde à son acquéreur soit aussi fragile. Ils se sont gouré de nom chez Specialized ou quoi ? C'est "Arnac" et pas "Tarmac" qu'ils auraient du l'appeler ce vélo en plastique ! Deux vis alu rikiki pour pas prendre 1/2 gramme et les mettre en acier... Bon OK, j'avais les nerfs.

Du coup, j'ai vite chauffé les guiboles sur les premiers tours d'anneau. Le bide et la tête étaient déjà en ébullition donc ça accélère le processus. Cinq ou six tours m'ont suffit à prendre le train d'un bon peloton, et deux de plus pour que je prenne mon premier relais. Je devais évacuer mon courroux.

Après deux boucles en tête, je m'écarte pour laisser le relais à d'autres ; sauf qu'il n'y a personne derrière moi ! J'ai pris 100 mètres au peloton ! Incroyable... Je ne suis même pas émoussé par trop d'énergie dépensée. Je me relève cependant, conscient que si je continue seul à cette allure, je risque de tourner isolé un bout de temps avant de rejoindre un autre peloton qui roule un peu plus fort que celui que j'ai lâché ; et d'y laisser les watts qui me démangent.

Quand le train arrive derrière moi, je me relance et m'incruste en troisième position car il y a un espace que je me sens de combler. Et je roule ainsi quelques tours. Je suis facile et je prends mes relais. Je ne me laisse jamais glisser en fin de peloton où trop nombreux sont les changements de rythme qui obligent à garder les mains sur les freins.

La Grande Rousse est alors dans un autre petit groupe et je ne parviens pas à la rejoindre avec le mien. Alors que la sérénité est revenue, je commence à me dire qu'elle croit peut-être que je tire la gueule. C'est plutôt elle qui devrait la tirer ; non ? Mais pour bien la connaître, je sais qu'il y a bien d'autres sujets plus graves pour la mettre en rogne. Peut-être celui de devoir se passer pendant quelques jours de son vélo le temps que je le prenne en charge pour sa réparation même... ;) 

Bref, je me relève pour de bon et l'attends. De toute façon je sens que j'ai déjà bien puisé dans mes réserves et rouler en sa compagnie me fera le plus grand bien au moral, histoire de constater que je suis déjà pardonné.

On va rouler ainsi ensemble encore quelques kilomètres d'ailleurs, profitant d'une nouvelle locomotive pile-poil dans le bon tempo pour mes jambes quelque peu fatiguées. Mais je prends toujours mes relais. Sandra s'abstient, vraisemblablement pour épargner son matériel. Après une heure de tourniquet, je décide de terminer ma séance en roue-libre histoire d'éliminer l'acide lactique. La Grande Rousse ne lâche rien et reste dans la roue du cycliste qui nous accompagnait jusqu'à maintenant. Quand ils me prennent un tour, je découvre un large sourire et j'entends "C'est bientôt la bière ?". Au deuxième, c'est moi qui crie : "C'est l'heure de la binouze !". Elle me répond qu'elle roule encore jusqu'à atteindre les 40 Km. Moi je n'en aurait que 32 au compteur. Mais pour la première fois depuis des lustres, j'approche des 30 Km/h de moyenne. Et je découvre même que j'ai roulé 20mn à 35 Km/h.

Bref la forme revient. J'espère que la guigne qui nous accompagne sur ce lieu nous quittera ; elle !

 

 

On a quand même été boire un peu de bière à la buvette du "Stade Chevalier". On avait vraiment soif ; et à voir le paquet de biscuits vide dans ma voiture ce matin, faim également.

 

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