Pour une fois il y avait quelques cyclistes hier soir sur le vélodrome de Cannes-La-Bocca. Il est vrai que le chantier de rénovation du stade "Maurice Chevalier" est désormais terminé et que plus aucun engin ne vient entraver la libre circulation sur l'anneau qui avait été fermé au public quelques semaines. La météo s'est aussi améliorée et malgré des jours de plus en plus courts et des températures de plus en plus fraîches, les pistards sont tranquillement mais réellement de retour.

Pour mon plus grand bonheur. À moins que ce ne soit pour mon malheur !

Bah oui ! Rouer seul c'est pas terrible quand il y a du monde. Le but étant de se mettre à l'abri des roues. Problème, il faut trouver le bon wagon ; le groupe de cyclistes qui va rouler à ton niveau. Hier, je n'ai jamais trouvé le mien !

Après une petite dizaine de tours d'échauffement, je me suis mis derrière un pistard solitaire qui me semblait rouler fort ; même trop fort pour moi. Mais mon but était de me faire recoller dans les roues d'un groupe en formation à l'opposé de la piste que je ne parvenais pas à rattraper seul, et je me refusais à lever le pied à peine mon échauffement terminé.

La question était à ce moment précis : "Suis-je bien chaud ?".

J'ai rapidement eu ma réponse. Je suis resté dans les roues du "solitaire" un tour et demi avant d'exploser. Du coup j'ai levé le pied bien malgré moi et me suis fait rattraper par le groupe désormais formé.

Je me suis mis en queue de peloton pour finir de récupérer et j'ai finalement réussi à suivre le rythme. Il y avait même quelques ralentissements et coups de freins et je restais attentif. Un an sans rouler en peloton, on perd vite les bonnes habitudes. En quelques tours, je me suis retrouvé en seconde position et déjà asphyxié, à me demander comment j'allais pouvoir prendre à mon tour le relais quand mon prédécesseur allait s'écarter. Quand il m'a fait signe qu'il quittait la corde, j'ai fait de même en levant le pied. Il s'est alors retourné pour me lancer d'un ton accusateur mais légitime :

"Facile de rester dans les roues, mais il faut prendre ses relais aussi !"

Il m'a été impossible de lui apporter la moindre réponse. C'est tout juste si je pouvais lui accorder un rictus, essoufflé comme un boeuf, les jambes en feu et par dessus tout ; honteux.

Un peu en colère après moi, il est reparti derrière le train qui continuait sa route. Pour ma part, je décidais de le laisser me prendre un tour. Quand il est réapparu à mon niveau, était venu l'heure de remettre les pendules...."à l'heure", justement.

 

 

Je me suis placé à nouveau en fin de peloton. J'ai rapidement doublé le dernier qui roulait vraiment trop irrégulièrement. Puis je me suis laissé tirer jusqu'en tête de peloton. Quand mon tour est venu, cette fois-ci j'ai assumé sur un tour seulement. Puis je me suis écarté sans parvenir à prendre la queue de groupe. Le même cycliste en me doublant par la corde m'a alors annoncé sur un ton qui se voulait bienveillant :

"Merci d'avoir fait ce que tu pouvais. Ce n'est pas une course tu sais..."

Je me suis immédiatement répondu intérieurement : "Si si, c'est MA course !". Une course contre les années qui passent ; contre mes excès de bouffe, mes excès de bons vins et de bonnes bières. Une course contre le temps que je n'ai pas pour rouler autant que je le souhaiterais aussi.

Après quelques tours à regarder mon fils s'entraîner sur le stade au centre du vélodrome, je me suis à nouveau greffé au groupe, même si celui-ci était maintenant moins étoffé. Du coup, il me semble que ça roulait un peu moins vite et j'en ai profité pour enfiler les tours au sein de ce peloton un peu plus à mon niveau. Sauf que j'avais maintenant passé le cap des 45 minutes de pédalage et que mes muscles commençaient à ne plus vouloir répondre.

C'est à ce moment là que mon fils à du jeter un coup d'oeil vers moi puisque quelques minutes plus tard, alors que nous retournions vers mon véhicule il me déclarait :

"Comme tu avais l'air mal en troisième position tout à l'heure, tout ton corps semblait désarticulé..."

Sale gosse ! Plus aucun respect pour les anciens.... Mais je lui pardonne son oeil aiguisé d'analyste sportif qu'il a si bien entraîné devant le Tour de France à la TV. Il sait vite repérer les coureurs fatigués par leur position sur le vélo. Et pour ma part, je devais vraiment ressembler à un pantin au moment où il m'a aperçu.

 

 

Pour en revenir à mon exercice, j'ai mis fin à mon supplice après une dizaine de tours et trois relais de ma part. Nous n'étions plus que 4 puis 3 à rouler alors. J'ai mouliné encore une dizaine de tours avant de quitter l'anneau.

Ciao pantin !

 

 

Commentaires

1. Le mercredi 28 novembre 2018, 20:30 par Henri

Marrant cette petite histoire à l'anneau cycliste de la Bocca, ça me rappelle quand j'y allais il y a quelques annees: j'appréhendais a chaque fois quand mon tour de relais approchait, moi le grimpeur avec mes jambes de libellule, il fallait assurer pour pas être ridicule. Quelque soit notre niveau, on ressent les mêmes choses.

2. Le jeudi 29 novembre 2018, 05:23 par Bertrand

@Henri : Merci pour ton commentaire Henri. Effectivement, il serait intéressant d'en savoir plus sur ce sujet précisément : "Le cycliste qui roule en peloton et qui souhaite assurer son relais pour le bien du groupe a t'il une appréhension (quelque soit son état physique) quand il sent son tour venir en tête du train ?"
A bientôt pour quelques tours de vélodrome ! ;)

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