Quoi ?!!! Dix bornes seulement ?

J'ai cru mal lire l'écran de mon petit GPS au moment où j'enregistrais ma trace ce matin. 10.73 bornes. Seulement ?! Sur une sortie de deux heures... Mais qu'est-ce-que j'ai branlé ?

Je vais vous le dire...

Pour être franc, au moment ou j'enfourche mon VTT vers 9h30, je me dis que je vais commencer molo pace que ce soir je suis de sortie et que ça risque de se terminer tard, avec quelques grammes dans le sang. C'est l'anniversaire d'un très bon pote et va y avoir de l'ambiance et de nombreux convives que j'apprécie, donc autant garder un peu de lucidité pour apprécier ce bon moment de convivialité qui s'annonce.

Quand je quitte le goudron pour le premier single qui monte assez dru (limite portage pour ma petite puissance "monojambique"), je sens tout de suite que je n'ai pas récupéré de mes deux premières sorties. Bah oui, trois séances en 6 jours, c'est pas trop dans mes cordes. La faute à un planning professionnel complètement chamboulé cette semaine pour cause de collègue de travail en vacances que je dois remplacer. Du coup, je bosse l'après-midi ; ce qui explique mes sorties le matin. En plus, le sentier manque cruellement d'entretien. Avis aux riders de Drap-Cantaron-Blausasc qui ne rechignent habituellement pas à sortir pics, pelles et tronçonneuses pour entretenir les itinéraires du coin. Depuis les chutes de neiges de cet hiver et les grosses pluies qui ont suivi, votre terrain de jeu est mal en point. Il est tant de réagir !

Il me faut souvent poser pieds à terre pour franchir un arbre couché en travers du sentier ; pour enjamber un pan de single manquant complètement emporté par les eaux. Parfois même mon Santacruz Heckler ne passe pas. Je dois me tortiller entre les branches, tourner mon cintre pour me faufiler, même si pédales et câbles s'accrochent un peu partout. "Mieux vaut ça que les ronces" ; me direz-vous. Par chance, elles sont rares. C'est là qu'on se rend compte que d'habitude, les sentiers du coin sont propres.

Quand j'entame la descente segmentée "deepthroat", je me dis que vu la technicité de la pente, je ne suis pas à l'abri de trouver un arbre en travers à la sortie d'un virage. Ce toboggan est déjà connu pour être plutôt "gazeux" (dans mon jargon) ; ce qui signifie qu'il y a de nombreux passages où il y a la place pour poser vos roues l'une derrière l'autre, mais pas deux pieds de randonneurs côte-à-côte. D'un côté la montagne et sa végétation ; de l'autre ? LE VIDE !

Bref, je commence ma descente sur des oeufs. De toute façon je suis seul et je n'ai aucune intention de me viander avec pour seul secours le sifflet toujours accroché à mon sac à dos. Et puis conscient de mon train de sénateur, je n'hésite plus à m'arrêter pour prendre des photos. La météo s'y prête et comme je prends un putain de plaisir ici tout seul en pleine nature avec mon VTT, je n'ai qu'une envie : le partager !

 

 

Quasiment revenu à mon véhicule, j'entame la remontée vers le sommet du site. je ne connais pas son nom, mais les habitués savent que je parle de cette partie qui surplombe la carrière dans la vallée de Peillon. Je me rends compte lors de cette longue montée que j'ai complètement oublié de lubrifier mes transmissions lors du dernier nettoyage de mon VTT ! Trente ans de pratique du vélo-tout-terrain et oublier le principal ! Alzheimer vous croyez ? Ça couine fort entre mes jambes, c'est désagréable. Comme si mon vélo souffrait et je souffre avec lui. Dans les derniers hectomètres de piste forestière, mes vitesses commencent même à refuser de monter ou descendre. Mon derailleur se relève brutalement et à deux reprises je ne peux même plus pédaler. J'opte pour un dévellopement moyen et décide de ne plus toucher à mon levier de vitesses pour le reste de la sortie. Si j'en chie, c'est bien fait pour ma gueule.

Au point culminant : photo. Devant moi se dresse le Mont-Agel et le village de Peille. J'entends encore un peu plus loin le groupe d'enduristes que je viens de croiser. Quand ils se sont présentés devant moi, je me suis mis sur le côté pour les laisser passer puisqu'ils descendaient. Sur les huit ou dix vététistes, un seul n'a pas répondu à mon "bonjour". Celui qui n'avait pas de casque d'ailleurs. Je me suis tout de suite dit que lui et moi ne pourrions être amis. Dire que s'il faut il fait partie de mes abonnés sur Strava. Et quand bien même. S'il me lit, il saura aussi ce que je pense de son comportement. C'est pas à l'approche de la cinquantaine que je vais fermer ma gueule. Toute façon, je crois que j'ai jamais su la fermer vraiment. Ça plait à certains, et pas à d'autres. Si vous êtes encore là au moment où j'écris ces lignes, c'est que vous faites partie de la seconde catégorie.

 

 

Quand je revois ces montagnes, je repense au début des années 90 à VTT à Sospel. Je repense à ce coup de fil reçu alors que ; tout fraîchement diplômé fédéral pour cette activité ; j'avais laissé mes coordonnées dans le magazine spécialisé "VTT Magazine" pour proposer des randonnées accompagnées à qui voulait découvrir le site de notre club "VTT Sospel Mercantour". "Mercantour" oui. Un nom ; que dis-je ! ...Une marque déposée ; que le directeur du parc nous a rapidement demandé d'enlever de la raison sociale de notre association sportive lorsque la pratique du VTT est devenue interdite dans cette zone. Par contre, les 4x4 peuvent toujours y pénétrer. Tout comme les touristes en tongs ou en Louboutins.

Au téléphone, un adolescent pré-pubère qui souhaite venir rouler à Sospel. Il roule depuis quelques mois, peut-être quelques années et me demande de l'accompagner. Je le revois se pointer sur le parking de la poste avec son Specialized Stumpjumper rouge semi-rigide. Un garçon sympathique, enjoué et qui semble montrer quelques prédispositions en descente. Il me suit sans problème dans les singles qu'il ne connait pas alors que je les connais par coeur. Il fera appel une seconde fois à mes services. De mémoire, je crois bien que pour l'occasion nous étions tout un groupe de vététistes Sospellois même. Ce jour là, il m'a doublé en descente. Il n'y avait pourtant qu'une sentier étroit devant mes roues et des arbres de part et d'autre. Je l'ai entendu rouler dans les hautes herbes sur ma droite. Il a du se faufiler comme une gazelle entre les jeunes chênes, pour décoller sur une souche ou un monticule de terre. Peut-être même a-t'il simplement tiré sur son guidon et ses pédales automatiques après avoir comprimé sa fourche ? En tout cas il s'est posé comme une fleur à quelques mètres devant moi et après 3 ou 4 virages il avait disparu de mon champ de vision. Son nom : Nicolas Vouilloz.

Je n'ai pas raconté souvent cette anecdote, si ce n'est à quelques proches car je ne suis pas sûr de mes souvenirs. Il est probable que je les enjolive un peu. Je n'en ai jamais reparlé avec notre champion. Ce n'est pas que nos chemins ne se sont jamais recroisés tout voisins que nous étions lui de Peille et moi de Sospel ; mais Nicolas a rapidement pris du galon alors que je ne m'enhardissais pas de mon côté. Je crois même que dans les mois qui ont suivi notre dernière sortie il gagnait au scratch la descente de la Moulière (à moins que ce ne soit l'Audibergue ou un truc dans le coin) alors qu'il n'était que cadet ! Ce qui fera dire à Rémy R., mon regretté initiateur du mouvement tout-terrain sur Sospel : "Ce jeune-là dans quelques années sera champion du monde". Visionnaire le Rémy

Revenons-en à ma sortie du jour.

Transmissions quasi en rade mais point culminant atteint, ne me restait plus qu'à me laisser glisser sur les nombreux sentiers de Blausasc. Ayant emprunté un itinéraire en principe descendant en montée pour l'aller, j'optais pour un autre single inconnu en me fiant à mon sens de l'orientation. Je savais que je rallongeais un peu la sortie et que le risque était faible de retrouver du dénivelé positif. Je qualifierais cette découverte de "balcon traversant".

Je retrouvais ensuite le circuit classique pour rejoindre ma voiture, mais toujours avec de nombreux arbres en travers du chemin et des coulées de terre ayant parfois emporté toute la trace. Je restais donc prudent tout en profitant un maximum de ce côté ludique que seuls les terres de Blausasc peuvent offrir.

Par contre, pour aligner les kilomètres, il faut s'accrocher !

 

 

 

Bon finalement 10 bornes et 620m de D+ en deux heures c'est largement suffisant pour prendre du plaisir même si tous les critères n'étaient pas réunis. Demeuraient encore celui d'être en pleine nature et seul. Ça vous surprend ce besoin de m'isoler ? Surtout que pas plus tard qu'hier j'en appelais au rassemblement sur Strava ! Cherchez pas, je suis un mec complexe. Enfin, surtout fatigué après une semaine à chahuter mon horloge biologique. D'autant plus que je suis pas trop du genre à rouler en mode "récupération". Je roule toujours "comme je peux" !

 

Commentaires

1. Le mercredi 28 mars 2018, 13:58 par jeanphi

j ai bien fait de revenir et de lire en diagonal ce billet un peu trop long au depart, ce qui m a permis d y decouvrir l anecdote sur le jeunot Nico Vouilloz. croustillant.

la biz

2. Le jeudi 29 mars 2018, 06:01 par Bertrand

@jeanphi : Au moins 90% ne sont pas altérés par les années passées... ;)

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