Z'avez vu ma nouvelle casquette ?

Je suis du genre à ne pas aimer modifier mon planning quand j'ai quelque chose de prévu. Beaucoup me qualifieraient de "psychorigide". Mais quand tu as qu'un jour de repos par semaine ; 11 chatons qui viennent de naître à la maison et que leur maman ne sait plus où se mettre à l'abri tellement elle a chaud et qu'elle en déménage toutes les 24 heures en éparpillant un peu partout sa progéniture ; tu cherches le temps libre et quand tu en as pas tu t'organises pour en avoir. Hors de question de revenir dessus ensuite. Sortie vélo prévue le 25 au départ de Breil-Sur-Roya ; adjugée ; vendue !

Et puis l'idée de retourner rouler sur les pentes qui ont vu mes premiers tours de manivelles m'a vraiment motivé. C'était en 1982 et le Noël précédent avait vu débarquer un vélo de course tout neuf au sous-sol de notre nouvelle villa. J'étais à l'époque décidé à oublier mes problèmes d'insertion d'un petit Parigot dans un village isolé de la Côte d'Azur, par le sport ; en l'occurrence le cyclisme.

Combien de fois ai-je gravi ce Col de Brouis ? Aucune idée. Mais je me rappelle très bien avoir tenté à plusieurs reprises cette ascension avant de parvenir au sommet. J'avais 13 ans. Il m'avait fallu l'aide psychologique du seul garçon arrivé lui aussi de la région parisienne quelques années plus tôt pour monter sur nos vélos et que notre binôme atteigne l'auberge.

Quand je suis descendu du "Train des Merveilles" samedi matin à 8h31 exactement, j'ai opté pour une petite boucle d'échauffement, histoire de repasser devant la maison où nous habitions, quartier Saint-Antoine. Histoire aussi de manger un truc un peu plus consistant que le petit-déjeuner express au départ de Roquefort à 6h15.

Vers 9h00 je m'élançais pour de bon. Deux cyclistes Italiens étaient devant moi, mais il parlaient bien plus vite qu'il ne tournaient les pédales. Je les distançais tranquillement. Petit à petit je prenais de l'altitude et pouvais admirer la vue sur le village de Breil et son lac. Pour y avoir (mal) vécu, je peux dire aujourd'hui qu'à part ça, y'a rien à y faire ; surtout si vous n'êtes pas du pays.

 

 

Bref ; au grand damne de Jean-Luc et Fred ; oui, je me suis arrêté au milieu de l'ascension pour faire une photo ! Qu'ils me croient ou pas ; rien à voir avec un besoin de souffler ou de me reposer; juste la nécessité d'immortaliser cette vue panoramique et repenser avec nostalgie à ces 35 années de cyclisme qui s'en sont suivies.

Moins d'une heure après, je pausais devant le panneau du Col de Brouis.

 

 

"Fièrement" ? Pas forcément. J'avais le pressentiment que c'était un jour sans jambes, comme le corps humain à seul le secret. Mais je me connais assez bien pour savoir qu'une première ascension peut paraître difficile et la suivante plus aisée. Je me laissais donc aller à ces analyses en plongeant vers la Bévéra et le village de Sospel.

Pour la petite histoire, c'est ce village qui m'a accueilli les bras ouverts 4 années plus tard. Tout comme la vallée, l'esprit des Sospellois est bien plus ouvert que leurs voisins et j'ai encore aujourd'hui de nombreux amis ici. Je ne me suis d'ailleurs pas privé de passer au ralenti dans le centre-village après avoir immortalisé le "Vieux-Pont", histoire de provoquer une rencontre avec l'un d'eux. Au milieu de la rue commerçante, j'observe alors une boucherie dont le nom "Chez Fred" m'oblige immédiatement à m'arrêter. Je jette un coup d'oeil à l'intérieur, j'y découvre mon pote débiteur de barbaque avec qui j'ai eu le plaisir de travailler 6 ans et rouler aussi en VTT. Plus quelques conneries aussi ; que nous ne manquions pas de faire lors de quelques soirées quelque peu.... arrosées.

Un bon quart d'heure après, je ressortais de son établissement et constatais que le ciel s'assombrissait sournoisement en direction du Col de Turini. Fred me confirmait alors que tous les anciens du village attendaient l'orage pour l'après-midi.Il était déjà 10h30 et sentant que physiquement il me semblais être juste,j'optais pour prendre la direction du Col de Braus pour ma seconde ascension.

Jusqu'au Col Saint-Jean, la pente est plutôt très roulante, mais je ne m'enflammais pas pour autant car pour l'avoir gravi bien plus souvent que le Brouis, je savais que la seconde moitié était bien plus ardue. Et cette fois-ci, je me suis octroyé une nouvelle pause au milieu de l'ascension pour me reposer, certes ; mais aussi pour réaliser un cliché des épingles qui serpentent au milieu des pins et des rocs.

Au moment de remonter sur mon vélo, en face au fond du vallon j'aperçois trois cyclistes habillés en blanc, noir et turquoise ; suivi par une voiture aux même couleurs. Je reste dubitatif, elles me rappellent trop la panoplie d'une célèbre équipe de cyclistes professionnels. Je décide d'attendre qu'ils se rapprochent, mais ça monte très vite. Trop vite ! Quand j'ai confirmation de l'arrivée de trois coureurs de l'équipe "Sky", je règle mon smartphone sur "vidéo". Un mode que j'utilise peu. Si bien que lorsque Garaint Thomas, récent vainqueur du Tour de France 2018, passe devant moi ; je rate complètement mon film. C'est flou et surtout, si on aperçoit furtivement le champion ; on y admire surtout mes chaussures ! Fichier vidéo envoyé à la poubelle.

Du coup, j'ai réglé rapidement mon appareil sur le mode "photo" pour le second coureur à se présenter devant moi : Chriss Froome quadruple vainqueur du Tour ! J'ai eu le temps de lui lancer :

Still only one kilometer, Chriss !

Mais il faut croire que je lui ai cassé les guibolles. Il a coupé son effort d'un coup et à fini "à pieds" dans le jargon des habitués. Loin derrière lui, le dernier de ses coéquipiers. Un inconnu pour moi. Je n'ai pas pris de photos. Je préférais alors ranger mon smartphone dans ma poche arrière, ainsi que les papiers de la barre énergétique que je venais de finir, afin de terminer moi aussi ce dernier kilomètre d'ascension ; avec l'espoir de retrouver les trois athlètes au col et de leur demander un selfie.

Quand j'arrive à la bascule, garée juste devant la stèle de René Vietto, la voiture du Team Sky et les vedettes qui sont en train de remonter sur leur selle ! Je ne marquerais pas de pause ici ; et je prends la roue des "Seigneurs de la Route" ! Il en sera ainsi jusqu'à Touët de l'Escarène où je profite de la traversée du village pour prendre quelques mètres d'avance avant de déclencher une dernière fois mon smartphone tout en roulant et d'immortaliser la fin de ma descente en leur compagnie.

 

 

Puis ils me faussaient compagnie ; ou plutôt je décidais de lever le pied... Enfin... De revenir sur Terre ! Et de réfléchir maintenant à ce que je pouvais prendre comme itinéraire maintenant que j'étais là à quelques encablures de Nice et que mon compteur n'affichait que 55 km... 

Mais d'abord manger, et si possible ici à l'Escarène. Bonne idée non ? Depuis le temps que je rêve de déguster un vrai Pan-Bagna... Sauf que non, toujours pas d'établissement qui fait ce produit ; ni d'autres formes de sandwiches non plus.

Dépité, j'avale une compote et une autre barre énergétique et je plonge sur La grave de Peille avec l'idée de remonter sur Peille ensuite. Il faut croire que j'ai du mal avec les ascensions numéro 3. J'en ai bavé. Et vous me direz de votre côté :

- "Mais t'as déjà enchaîné plus de 3 cols ?"

Et je vous répondrais : non, la tête basse (et un doigt dans la bouche).

Ne me restait ensuite que quelques kilomètres de plat descendant pour rejoindre La Turbie ; juste le temps de confirmer ma méforme du jour puisque même en déroulant, les premières crampes sont apparues. A l'économie, je rejoignais le Col de Nice, puis j'enregistrais "dans la boite" une photo de Saint-Jean-Cap-Ferrat.

 

 

Je restais ensuite prudent dans le toboggan vers Nice et rejoignais ma voiture stationnée à Pont-Michel d'où j'étais parti en train le matin même.

 

 

 

 

Si j'étais quelque peu déçu de n'avoir pas pu physiquement rejoindre le Col de Turini pour redescendre par Peira-Cava, Lucéram puis Coaraze (ce qui était prévu initialement) ; avoir pédalé quelques kilomètres avec des pros est une expérience qui me laissera de beaux souvenirs.

Le temps est venu pour moi d'appliquer le traitement semestriel réservé à mon genou gauche depuis une dizaine d'année maintenant ; à savoir une injection d'acide hyaluronique préventive, en attendant une prothèse. Le plus tard sera le mieux.

J'en profite pour remercier mes lecteurs qui sont un peu plus nombreux depuis que je poste régulièrement sur Strava. Merci aussi à ceux qui me laissent des commentaires via cette plateforme auxquels je réponds le plus souvent possible.

 

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