"Granfondo, Granfondo !" Ils ont que ça à la bouche ! Mais est-ce qu'ils pensent à nous ; ces petits cyclistes diminués, en convalescence ; qui luttent jour après jour contre leur propre corps en souffrance ; qui restent sourds aux quolibets de leurs homologues en parfaite condition physique ? Alors moi j'y pense désormais, puisque j'en fait partie...

 

Désormais, et à partir d'aujourd'hui, je revendique la création officielle du "ChtitFondo" pour les cyclistes sur le déclin, malades, handicapés par une quelconque pathologie. Et dimanche matin, j'ai bouclé le premier "ChtitFondo" de l'histoire du cyclisme moderne !

Applaudissements ?

Non. Bon d'accord. S'il n'est plus permis de rêver, de s'auto-congratuler, de laisser libre cours à l'innovation, à la libre propriété intellectuelle ; alors je suis vraiment foutu.

Mais je m'en fout ! Parce que ce tour de vélo dimanche était pour moi comme une renaissance. Un temps splendide, Pas trop de circulation (bon ok, j'ai pris les itinéraires les moins usités par les barjots pressés d'aller à la messe dominicale) et une envie folle de me faire plaisir en solitaire. Non, rien à voir avec l'onanisme !

Le seul but fixé au départ était d'arriver à Roquebrune-Sur-Argens dans le département voisin du Var pour un déjeuner familial. Et il était hors de question de prendre l'itinéraire le plus court, celui que je prends habituellement, via Montauroux ; et qui totalise 57 Km si mes souvenirs sont bons. Bref deux heures de vélo en y allant tranquille.

Non, je souhaitais pédaler une heure de plus au minimum, avec la possibilité de chuinter si la jambe droite faisait des siennes. J'ai donc pris la direction du Rouret, plongé sur Plascassiers jusqu'à Mouans-Sartoux. J'avais dans l'idée de passer par les gorges de la route de Pégomas, mais j'avais aussi envie de dépasser l'ex-fabrique artisanale de meuble "Quercus", aujourd'hui fermée définitivement pour cessation d'activité. J'ai donc tiré tout droit vers La-Bocca pour piquer sur Mandelieu.

Là, il a fallu que je cogite un peu plus. J'avais deux options devant moi. Prendre le bord de mer avec un peu plus de trafic (et de vélos !) ou me diriger vers l'Estérel et sa "Nationale 7" chère à Charles Trenet. Petit hic, l'ascension du Col de Paris me disait moyen-moins. Mais me taper toute la zone industrielle à la sortie de Fréjus encore moins ! J'ai bifurqué à droite toute : direction le flanc nord du Mont-Vinaigre !

Sauf que les caravanes de motards, de voitures de collection, et même de Topolino Abarth qui décident de se réunir pour polluer en groupe l'air frais et pur que je dois respirer ; ça m'a aussi moyennement plu ! Quand la route des Adrets-L'Eglise s'est présentée, j'ai plongé dans le vallon ; sans jamais avoir posé mes roues sur la partie qui remonte en face ; si ce n'est dans l'autre sens. Et je m'attendais à pire. À moins que ce ne soit l'absolue solitude sur le bitume qui m'ait donné des ailes (ou l'envie d'échapper à un tir de chasseur, puisque j'ai dépassé à un moment donné une pancarte "Battue en cours...").

 

 

Arrivé aux Adrets, j'ai rejoints la RN7 ou un cycliste venait de passer. Alors que j'étais décidé à rouler "à ma main", la volonté de le reprendre et de me mettre dans sa roue a été plus fort que moi. Un kilomètre plus loin on formait un binôme qui se relayait régulièrement. Dans le toboggan vers Fréjus, je laissais mon compère devant ; je ne connais pas assez bien les virages pour y prendre des risques. Puis à l'approche des arènes, nos chemins se sont séparés ; lui retournant sur Saint-Raphaël.

Il me restait à traverser la zone industrielle de Puget-Sur-Argens tant réprouvée. Une deuxième interrogation sur l'itinéraire à prendre survenait : "ai-je ou non assez de jambes pour contourner ce coin sans intérêt et même pousser l'exercice jusqu'à remonter sur Bagnols-En-Forêt ?". Malgré les 55 km affichés au compteur, je me sentais plutôt frais pour une belle boucle supplémentaire et quelques ascensions.

À droite ! 11h30 ; il me restait 1 heure pour ne pas manquer l'apéritif, et je n'avais aucune idée du nombre de kilomètres reliant Fréjus à Bagnols. L'aventure, la vraie pour terminer ce superbe tour de vélo. Mais j'ai bien cru que ça allait mal virer.

 

 

Sous un soleil écrasant, je commençais l'ascension en faux-plat montant, mais sur un goudron avec peu de rendement. Problème : plus beaucoup d'eau dans ma gourde et l'environnement après un été archi-sec ne me laissait pas trop d'espérance sur mes chances de trouver un point de ravitaillement. Je surveillais quand même les coins les plus aptes à accueillir une fontaine, en vain. Plus j'avançais, plus le niveau d'eau diminuait ; si bien que j'en suis venu à espérer trouver une villa avec jardin au milieu duquel j'aurais pu héler un propriétaire pour quémander de l'eau fraîche. Et cela n'a été possible que dans les contreforts de Bagnols-En-Forêt. L'occasion d'une pause car j'avoue en avoir bavé dans cette longue montée de 10 bornes et quelques 250 de D+.

Je profitais ensuite de la relance avant d'attaquer l'ascension du Col du Blavet pour avertir ma famille d'un possible retard pour l'apéro (avant qu'ils n'appellent les pompiers !) ; expliquant que ma dernière montée avait été difficile et que mes jambes était maintenant quelque peu émoussées. Impossible de dire combien de temps j'allais mettre pour ces 2 derniers kilomètres d'ascension.

Finalement, réhydraté et ayant avalé une barre énergétique à Bagnols, je m'étais refait la cerise et j'ai avalé l'ultime col les doigts dans le nez (c'est une métaphore, hein ?).Quinze minutes plus tard, mon pastis était servi, mais pour faire bonne figure ; avant même d'embrasser toute la tablée, je filais à la douche ; mon GPS entre les mains. Trop content de constater que j'avais atteint les 80 bornes et les 1000m de D+ !

Alors oui bordel de merde, vous allez me l'accorder ce ChtiFondo !

;)

 

 

 

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