Je n'étais pas monté sur un vélo depuis le 3 février. N'allez pas vous imaginer que pendant ces longues semaines je suis resté inactif ; loin de là ! Pour des raisons familiales, j'ai même eu encore un peu plus d'occupations quotidiennes, mais surtout je suis allé au ski. Vous l'aurez peut-être remarqué, cette année ; pas de ski de fond. Juste de l'"alpin" en famille...

Nombreux sont ceux qui publient sur Strava leur journée à dévaler les pistes. Moi pas. Je ne "dévale" pas assez, mais surtout je ne comprends pas pourquoi les remontées mécaniques devraient être concidérées comme un effort. Personnellement, elles permettent à mon genou de se reposer un peu. Et pour vous dire la vérité, quand j'ai chaussé le matin à l'ouverture du domaine (c'est à dire 9h00), je ne me fait pas prier pour arrêter mon supplice autour des 13h30-14h00. Mon orthèse devient trop inconfortable.

Bref, en remontant sur mon Scott hier, c'était plutôt une remise en jambes et un test pour mon genou fatigué. Si j'étais sage, il serait temps que je contacte mon medecin pour une énième injection d'acide hyualuronique, qui - je dois l'avouer - si elle m'a soulagé de nombreuses années, commence à ne plus être efficiente. Pour faire simple, une injection me fait souffrir le martyr 2 bons mois, pour être soulagé ensuite pendant 4 mois maximum. J'ai donc décidé cette année de ne plus compter sur cette technique pour commencer par repasser un IRM très bientôt et étudier sérieusement l'option "prothèse".

 

 

Quand je suis arrivé hier sur l'anneau de Cannes-La-Bocca, il y avait foule ! Il faut dire que si la piste est la discipline de prédilection pour les cyclistes routiers l'hiver, les températures printanières du moment font ressortir les plus frileux d'entre eux. Et rien de mieux que le vélodrome pour se remettre en route après l'hibernation.

Comme d'habitude, je me suis échauffé tranquillement. J'ai même roulé pour cela avec un partenaire entré en même temps que moi dans l'arène et avec qui j'ai échangé quelques mots de bienvenue alors que nous remplissions nos gourdes avant l'effort.

Un peloton volumineux envoyait déjà du paté, et plus mon échauffement avançait, plus je craignais de me lancer dans ses roues ; incapable de savoir où j'en étais physiquement. Et puis je me suis décidé avec mon compagnon de chauffe. Je me suis élancé, et dès qu'un écart dans le groupe m'est apparu, j'ai comblé l'espace, espérant soulager même ce coureur qui a pris ma roue de ne pas à avoir à poursuivre son éffort pour revenir seul.

Ça roulait fort, mais j'étais chaud, et surtout frais. J'ai dû effectuer 7 ou 8 tours bien à l'abri au milieu du peloton sans trop d'effort, même s'il y avait quand même pas mal d'acoups. Devant, il me semblait bien que c'était toujours le même cycliste qui emmenait le train. Un costaud à n'en pas douter.

Et puis soudain, un cycliste à tendu sont bras à droite, deux coureurs devant moi. Mon prédecessseur à cessé de pédaler afin de ne pas percuter sa roue arrière, j'ai fait de même. Le temps de relancer, la locomotive et ses premiers wagons étaient partis. Impossible pour moi de faire l'effort seul pour revenir. Un mec derrière moi s'y est aventuré, je l'ai récupéré "explosé" quelques tours plus tard.

Pour ma part, je décidais de prendre le temps de souffler quelques tours en roue libre, espérant même qu'un groupe un peu moins rapide se forme car visiblement, je n'étais pas le seul à sauter. Derrière c'était aussi l'hécatombe. J'étais donc à l'extérieur de la piste quand soudain j'ai entendu une voix que j'ai immédiatement reconnu, mais qui n'a néanmoins pas effacé ma surprise de le voir là juste à côté de moi.

Environ deux ans. Deux ans de silence incompréhensible. Déconcertant même. Un de mes meilleurs amis, celui-là même à qui j'avais acheté mes montures se trouvait à mes côtés, sur cet anneau ; après avoir rompu toute communication du jour au lendemain avec moi. J'étais si surpris que je ne crois pas lui avoir dit "Bonsoir". Peut-être juste un "Ho ?!" plus interrogatif qu'exclamatif.

Il ne m'a cependant pas ignoré. Peu m'importe ce qu'il a vécu pour avoir agit ainsi avec moi il y a deux ans, ce n'est toujours pas devenu le mec irrespectueux. Les premiers mots échangés ont été axés sur le thème du vélo. Effectivement il avait une machine de guerre entre les cuisses. Il a beaucoup parlé, peut-être pour ne pas que je lui parle moi. Craignait-il mes mots ? Peut-être, même si je reste aussi persuadé que l'homme reste fort. En apparence ?

Il récupérait de ses efforts. C'est lui qui menait le peloton quand je suis arrivé sur les lieux. Et quand il a cessé de parler de vélo et qu'un long silence s'est instauré entre nous, je me suis lancé. Je lui ai dit ce que je pensais de son comportement vis à vis de moi. Je n'ai pas demandé d'explications. Je souhaitais juste lui dire que lorsque l'on est très bons amis, il peut arriver de graves faits dans une vie qui vous pousse à vous isoler et vous recentrer sur l'essentiel ; mais la moindre des chose est de prévenir. Pas nécessairement de se justifier. Juste avertir.

Je ne pense même pas qu'il aurait accepté la moindre aide à ce moment là. Trop orgueilleux pour ça. Trop buté même. Si têtu qu'hier soir encore, le seul argument acceptable qu'il m'ait donné ait été celui de devoir couper tous les liens avec ce groupe de bons amis que nous formions à l'époque.

Il faut croire que je suis trop con pour ne pas faire la part des choses dans les conflits qui peuvent survenir dans un groupe. Je n'ai pas insisté. Je le répète, ce ne sont pas des explications que je voulais, mais au moins une petite excuse. L'expression d'un regret. J'aurais peut-être pu pardonner. Mais rien. Un mur.

 

 

L'homme n'est pas à se lamenter, et moi loin de prier. Après quelques minutes à cogiter il est revenu sur le seul sujet qu'il nous reste (désormais et pour l'éternité) en commun : le vélo. Il m'a proposé de repartir pour un "run" dans sa roue à 35 km/h, vitesse que je ne pensais pouvoir tenir. Allez savoir si ce ne sont pas les nerfs qui m'ont fait tenir plus longtemps que je ne le pensais. J'ai tenu au moins 6 ou 7 tours. Mais pas de miracle. Je suis passé en mode "retour au calme" sur une dizaine de tours alors qu'il me dépassait à nouveau plusieurs fois ; non sans tenter de m'emmener dans sa roue. C'est oublier que je reste sur une seule jambe malgré tout et un manque flagrant d'entrainement par rapport à lui. Je dois certainement passer plus de temps que lui avec ceux que j'aime.

Je n'ai pas senti le besoin d'attendre son passage vers la sortie pour le saluer en quittant le vélodrome non plus. Après avoir tourné les pages blanches pendant deux ans, le temps est venu de refermer le livre.

 

 

 

 

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