Un jour, je ne répondrai plus de rien

Au départ, ce billet devait s'intituler "Breaking News". Tout simplement parce que je me suis décidé - comme souvent - à la dernière minute pour aller rouler à la faveur d'une éclaircie et du reste de la maisonnée encore assoupi. Quand je suis rentré à mon domicile, au moment d'enregistrer ma trace GPS sur Strava je n'ai guère hésité pour trouver un titre de sortie : "Con montant & condescendant". Voilà pourquoi...

Toujours en période de test de mon genou (qui va mieux je vous rassure), je me suis élancé pour ce que je nomme "Le tour du Loup" et dont je vous ai déjà raconté à de trop nombreuses reprises le topo. Mais celui d'aujourd'hui ne sera pas piqué des vers.

Alors que j'étais arrivé à un petit rythme à Pont-Du-Loup, profitant du bruit sourd du torrent au fond du vallon, des oiseaux gazouillant sous les premiers rayons du soleil, j'ai senti que j'avais la possibilité de forcer davantage à partir de là jusqu'à Bar-Sur-Loup, et même Pré-Du-Lac si les jambes en voulaient encore. J'ai donc commencé à envoyer du pâté, mais sans me mettre tout de suite dans le rouge. J'avais dans l'idée de rouler progressivement de plus en plus vite en essayant de ne pas me cramer.

Mes efforts étaient alors encourageants. Alors que je n'avais pas doublé un seul cycliste sur les 10 Km de faux-plat de Vallon-Rouge à Pont-Du-Loup ; j'en déposais maintenant quelques-uns. Je ne dis pas qu'ils roulaient fort, mais les rejoindre puis les dépasser semblait me donner encore davantage d'ailes.

Juste 300 m avant d'arriver à Pré-Du-Lac, avant de passer devant le garage Citröen, alors que je suis au maximum de mes derniers efforts, je rejoins à nouveau trois coureurs cyclistes en file indienne que je commence à doubler. J'entends alors une voiture arriver très vite dans mon dos, tout en constatant qu'une autre arrive en face.

Afin que la situation soit relativement claire pour mes lecteurs, je me suis permis de prendre une capture de Google Maps et d'y tracer un petit croquis de la situation (après avoir effacé deux véhicules déjà présents sur la photo originale) :

 

 

Je vais maintenant tenter un petit rappel du code de la route. Vous êtes au volant du véhicule "rouge". Vous ne roulez peut-être pas au-delà de la vitesse autorisée, mais ça les cyclistes qui se présentent devant vous ne peuvent pas le savoir. Quel est votre choix ?

  1. Je double. Le cycliste n'a pas à rouler de front et la voiture en face va bien s'écarter pour me laisser passer.  Au pire, j'envoie au tapis ce connard de cycliste. Ou même les quatre.
  2. Je klaxonne dès que j'arrive au cul des 4 cyclistes. Si l'un d'entre eux moufte, je fais mine de le percuter, et au dernier moment je donne un coup de volant pour le dépasser et je l'engueule au passage.
  3. Je reste derrière les 4 cyclistes. C'est dimanche, ils sont nombreux sur la chaussée et m'exaspèrent quand ils roulent en peloton, mais un véhicule arrive en face et je ne peux pas doubler si ce dernier ne s'écarte pas. Quand les cyclistes seront à nouveau en ligne je pourrai doubler.

Maintenant, que croyez-vous qu'il se soit passé ? Je vais vous le dire. Non, le siphonné du bulbe n'est pas allé jusqu'à tenter de nous dépasser tout de suite, mais son premier réflexe a été de klaxonner immédiatement. Mon premier réflexe à moi a été de me redresser un peu, de me retourner vers lui et de lui lancer de manière agressive en levant de désespoir le bras droit :

Tu me laisses le temps de doubler ?!!!

Oui, j'ai aussi pensé "connard", mais je ne lui ai pas dit. C'est à ce moment là qu'il a accéléré pour freiner à quelques centimètres de ma roue arrière puis me dépasser en me frôlant le guidon. Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur, juste celui de lui gueuler par la fenêtre (ouverte ou fermée je ne saurais le dire) :

Attends-moi juste un peu plus loin, j'arrive !!!

Je fulminais alors. J'ai terminé mon dépassement et gravi les derniers hectomètres qui me séparaient du tant espéré point de rendez-vous avec l'abruti de service. À mon grand désespoir, il n'a pas eu les couilles d'attendre mon poing dans sa gueule.

Je ne suis pas du tout un violent. Je ne me suis battu qu'une seule fois dans ma vie, c'était en sixième. Je crois même que je suis gentil et que plutôt que le pugilat, j'essaye d'arrondir les angles. Mais depuis quelques temps, je m'énerve un peu plus rapidement. J'ai comme l'impression que les valeurs essentielles de la vie en communauté se perdent de plus en plus et que les cons sont de plus en plus nombreux autour de moi. Je dois vraisemblablement me tromper souvent et ça doit venir de mon petit côté condescendant que je me découvre au fil du temps. Dans ce cas, je suis le con !

Mais là en l'occurrence, j'ai eu affaire à un champion de sa catégorie !

Si les trois cyclistes que j'ai dépassés à cet endroit tombent sur ces lignes, j'aimerais avoir leur point de vue sur la scène. Si c'est le conducteur, je peux toujours me rendre à Pré-Du-Lac pour lui expliquer ma façon de voir le partage du réseau routier français. En plus, je serai chaussé de baskets et non pas de mes chaussures de cyclisme avec les cales. Autant dire que je serai vraisemblablement moins ridicule pour lui faire bouffer sa haine du cycliste.

 

 

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